Miss Cyclone de Laurence Peyrin

Conseillé par ma librairie préférée (moins de 100 mètres de mon bureau et ouverte le midi... hyper dangereux pour ma carte bancaire...), ce roman est véritablement distrayant. En effet, je voulais lire du léger mais pas niais. Il s'agit de l'amitié entre June et Angela, toutes deux très différentes, de leur adolescence jusqu'à la quarantaine. Leurs choix, leur milieux social, leurs destins et leurs ambitions sont divergents; malgré tout, elles restent proches et très liées. J'ai beaucoup apprécié le parallèle entre la vie des deux amies et les évènements marquants des Etats-Unis, le questionnement sur leur devenir à l'adolescence et celui qu'elles ont sur leur vie adulte. Le roman évoque aussi l'intimité entre les femmes: les sujets qu'elles partagent ou les secrets qu'elles gardent. Bref, si vous ne savez pas quoi emporter sur la plage, je vous le conseille!

Mi-Cyclone

Quatrième de couverture: "À Coney Island, les manèges sont à l'arrêt. Face à la mer grise, Angela et June partagent une cigarette. C'est l'hiver de leurs 16 ans. L'hiver où John Lennon va mourir. L'hiver où les deux jeunes New-Yorkaises, si différentes mais complices depuis l'enfance, entrent dans l'âge adulte. Un secret, cette nuit-là, décidera de tout : les amours, les mariages, les rêves et les échecs. Tandis que la ville change, souffre ou s'amuse, les deux copines vivent côte à côte cet étrange grand huit : le cyclone de la vie."

Extrait choisi: "Deux filles assises sur un rocher, au bout du bout de Brooklyn, un jour d'hiver face à l'immensité de l'océan. Deux petits points de rien du tout, en équilibre - voilà ce qu'elles étaient cejour là.

- On s'en fume une?

- Tu en as?

- Ben oui.

June sortit un à un les livres de son sac, les posant en une pile parfaite sur le rocher, excerçant  une pression experte sur les coins pour que pas un centimètre ne débordeAngela soupira: son amie était ce genre-là, à faire des piles, des listes avec des mots soulignés, à aligner ses stylos dans le même sens et à retirer l'opercule de la pâte à tartiner jusqu'à ce qu'il ne reste plus le moindre filament d'aluminium sur le couvercle. Ce sens de l'ordre indiquait à coup sûr des penchants criminels, raillait Angela.

June extirpa du fond de son sac le paquet de Malboro un peu aplati et le tapota soigneusement pour qu'il reprenne une forme convenable avant d'en faire dépasser une tige et de la tendre à son amie. Un vrai gentleman. Amusée, Angela secoua la tête et sortit un briquet de sa poche.

Les deux filles tirèrent tranquillement sur leur cigarette un petit moment, en silence, le nez planté sur l'horizon. L'océan était d'un gris triste, plombé par endroits de grains de sable en suspension, des remous savonneux venaient crépiter sur la roche argentée jusque sous leurs pieds. L'eau bougeait à peine, par grosse masses feignantes; on aurait dit un champ de baleines, se dit Angela. Revenue à sa préoccupation du moment, elle rompit le silence.

- Je vais fumer plus, dit-elle.

- Hein? fit June, sortie de sa torpeur. Tu ne vas plus fumer?

- Mais non. Je vais fumer plus.

June eut l'air soulagée. Abandonner leur cigarette quotidienne aurait été un coup de canif dans leur contrat moral, qui comprenait un nombre infini d'alinéas, dont l'un exigeait une dose de nicotine et quelques goudrons en sortant du lycée.

- Cool, dit June Pourquoi cette bonne résolution? On n'est pas encore le 1er janvier, mais moi ça me va.

- Pour maigrir.

- Quoi?

Il paraît que la clope fait maigrir.

- Ouais. Mais c'est pas la clope qui fait maigrir, c'est que si tu fumes toute la journée, eh ben t'as plus le temps de manger.

Angela considéra un instant la thèse avec toute l'attention qu'elle méritait et haussa les épaules. Ca n'irait pas: elle adorait manger. Sa mère était la meilleure cuisinière du monde. C'était foutu: elle serait grosse, ensuite elle serait enceinte, et pour finir vieilleet obèse - anatomiquement parlant, sa vie était toute tracée. Telle était sa préoccupation du moment.

- Tu n'es pas grosse, dit June en lui tendant de nouveau le paquet. Viens, on va marcher."